Discours du président 2015


DISCOURS DE JACQUES BESSE

6 septembre 2015

 

Que fais-je ici, devant cette assemblée d’intellectuels, d’artistes, d’hommes publics, moi qui ne suis qu’un scientifique et homme de terrain, dans l’intention de vous proposer juste le déroulement d’un parcours…

 

Présentation : Jacques Besse, né le 22 août 1951 à PRAYSSAC, donc de pure souche lotoise. Parents : vigne, truffe, foie gras.

Ecole primaire CEG Bessières, Secondaire : Lycée Gambetta: pension pendant 4 ans puis ¾ pension.

Bac C en 1969, puis faculté de médecine à Toulouse pendant 10 ans.

Radiologue à la Clinique Pasteur, toujours en activité.

Attache lotoise conservée à PRAYSSAC

 

Ma famille : marié à Christine, 2 filles de 32 ans, vivant à Toulouse et en Suisse.

Christine est la sœur d’Alain RANDAXHE. Alain est dans toutes nos mémoires et ces quelques mots aujourd’hui sont pour lui en témoignage de l’affection que je porte à son épouse Michelle et à sa famille.

 

Rien d’exceptionnel lors de mon passage cadurcien :

Discipline : la hantise de la colle du week-end !

La mixité socioculturelle de l’internat qui ne me posait aucun problème, mais parfois des efforts (pancu vs externe, bleusaille), décalage de maturité à l’adolescence, la science des filles…).

 

Des personnages admirés ou craints, dans le désordre : le proviseur, à la voix de commandeur (M. Lépine), un certain SUR.G à qui rien n’échappait, des pions sympas ou indifférents, des cancres, des cracks du football, des tronches surtout en maths et des profs où se mêlaient crainte, admiration… J’en reconnais certains : Histoire, Géographie, Musique, Sciences Naturelles…

 

Pour chacun d’entre tous ces témoins, je mets des noms et des souvenirs et jamais ces années de pensionnat et de travail n’ont engendré de l’amertume, de la tristesse et de la frustration malgré l’éloignement familial. Psychanalyste, passez votre chemin !

 

Tant et si bien que je suis bachelier hésitant quant au projet professionnel. Un rêve : ingénieur dans le sport automobile, discipline dans laquelle je possédais (possède) une érudition encyclopédique. Qu’à cela ne tienne, tu es pris à Fermat… pensionnaire !! Pas question, moi aussi je veux être externe ! Je m’inscris donc en médecine suivant mon meilleur ami d’enfance. Pour la vocation, on repassera…

 

Et puis 10 ans d’études devenant de plus en plus passionnantes, je m’oriente graduellement vers une spécialité technique parce que j’aime le matos, alors, faute d’être ingénieur chez Ferrari…

 

Ne croyez surtout pas qu’il n’y a pas de dimension humaine dans mon métier de Radiologue, l’empathie et l’humanité ne sont pas proportionnelles au temps passé devant le malade mais plutôt au temps passé à réfléchir ou à agir pour le malade ; j’appelle cela se battre pour le patient. C’est le plus excitant et le plus gratifiant.

 

Je me suis installé à la Clinique Pasteur à Toulouse et je suis toujours très fier d’appartenir encore aujourd’hui à cette institution privée prestigieuse qui se spécialise essentiellement sur les affections cardiovasculaires et la cancérologie.

 

C’est peut-être choquant à vos oreilles, mais je considère que la prise en charge des maladies graves pour lesquelles l’issue est parfois dramatique est plus chargée d’investissement et d’émotionnel et je n’ai aucun regret de mon choix de carrière. Je ne ferai pas la surenchère de la vocation, terme que je refuse concernant mon choix professionnel.

 

Quelques mots sur la formidable évolution technologique de l’imagerie médicale puisque le terme de radiologie devient trop restrictif avec les ultrasons (échographie) et l’IRM.

 

La radiologie a utilisé au départ les rayons X grâce à Mr Roentgen. Elle est toujours largement utilisée (poumons, squelette osseux…). Les examens sont simples, réalisés le plus souvent en première intention.

 

Puis est apparue l’échographie utilisant les ultra-sons non irradiants vers les années 1980 : d’abord pour l’obstétrique, puis pour toutes sortes d’indications (abdomen, vaisseaux, muscles…).

 

En même temps, les rayons n’avaient pas dit leurdernier mot : le scanner a révolutionné la médecine et la compréhension et la prise en charge de beaucoup de pathologies : on arrivait enfin à étudier l’intérieur de la boite crânienne : le cerveau sans faire un trépan ou autre examen barbare proche de la gégène. Tout le corps humain, tous les organes (les viscères) ont été contraints de livrer leurs secrets ! L’imagerie en coupe a été une avancée unique dans la médecine comme les antibiotiques.

 

Plus tard l’IRM utilisant la résonnance magnétique, phénomène physique dont la compréhension est très complexe, a donné une autre dimension à l’imagerie en coupe sans utiliser les Rayons X.

 

Tous les moyens d’imagerie utilisés jusqu’à aujourd’hui sont codifiés en noir et blanc en fonction des densités pour les RX, de la dureté des tissus en échographie et la concentration en eau pour l’IRM. La couleur n’est éventuellement qu’un codage sans aucun lien avec la réalité.

 

Notre métier, actuellement, ne consiste pas à faire les radios, ce qui est du domaine du manipulateur, mais à les interpréter (et non de les décrire en mode littérature) dans le contexte médical spécifique à chaque patient avec une syntaxe précise parfois difficile à comprendre.

 

Notre rôle principal se situe au niveau du diagnostic, ce qui impose un échange permanent avec les confrères généralistes et spécialistes. Cette position à la croisée des autres disciplines médicales nous rend utiles et indispensables.

 

Outre le rôle diagnostique, notre métier s’oriente de plus en plus vers la thérapeutique : l’imagerie va nous guider pour réaliser des prélèvements (biopsies), des drainages (abcès..), des dilatations de vaisseaux : nous appelons ces procédures des gestes non invasifs parce qu’ils évitent des gestes chirurgicaux plus lourds.

 

Dans un très proche avenir, l’imagerie va servir à délivrer au sein d’une lésion des agents thérapeutiques (radiofréquence, ultrasons ou chimiothérapie), en vue de la détruire sans faire de dégâts autour de celle-ci.

 

Enfin, les nouvelles nanotechnologies seront accessibles pour les thérapeutiques « ciblées » à l’échelle moléculaire.

 

On est donc loin du radiologue « photographe » des années 60/70.

 

Le plus passionnant pour nous a été de nous adapter aux progrès de la science. Dans l’avenir, l’informatique, les systèmes « expert », les échanges permanents des données, vont encore transformer notre pratique ; le challenge le plus délicat à honorer sera de ne pas se couper des patients.

 

A dessein, je ne vous montre pas de belles images du corps humain, car cela n’est actuellement un gage de qualité. La qualité en radiologie c’est un examen bien indiqué, le plus inoffensif possible, c’est aller du plus simple au plus complexe pour aboutir à un diagnostic précis et utile.

 

Que vous dire de plus sur le métier : il m’a permis de connaître le monde de l’entreprise par nécessité, mais avec beaucoup d’intérêt, compte-tenu des moyens déployés dans un grand service d’imagerie : la vie en groupe, les évaluations technologiques, et surtout la conduite des femmes et des hommes du service (100 personnes).

 

Je vais avoir du mal à lâcher prise mais c’est la vie et il faut l’admettre. Cela se fera progressivement avec une transition professionnelle lotoise (mais pas à Cahors).

 

Merci de m’avoir écouté dans ce nouvel exercice plus autobiographique que scientifique, merci à l’association de m’avoir fait cet honneur, et j’ai une pensée émue pour son président, Paul JARDILLIER, malheureusement empêché aujourd’hui et à qui je dédie ces quelques mots.