Discours du président 2010

 


























Patrice FOISSAC

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, mes chers Condisciples,

Je sais d’expérience combien l’exercice du discours post-prandial peut être pénible pour les auditeurs, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer une histoire aussi longue que celle de cet établissement : je vous fais donc la promesse de ne pas dépasser la demi-heure.

Ma tâche est d’ailleurs simplifiée par l’existence d’excellents ouvrages sur le sujet et bien entendu par la visite des lieux qui va suivre et qui pourra utilement compléter sur le terrain les quelques observations que je vais vous livrer, qui ne prétendent pas à l’exhaustivité et s’attacheront surtout à l‘évocation des périodes ou des faits les moins connus, à commencer par le Moyen Âge, ma seule véritable spécialité.

LE COLLEGE ET LYCEE GAMBETTA

L’histoire du lycée- collège Gambetta commence à une date malheureusement indéterminée de la seconde moitié du XVe siècle qui fixe ici même, dans le faubourg dit alors du Portal-Garrel, les écoles de droit civil et canon de l’Université locale fondée en 1332 par le pape cadurcien Jean XXII.

Nous savons, par contre, grâce à une copie du XVIIe , que ces écoles de droit civil et canon, principales facultés de l’Université de Cahors, sont rejointes en 1473 par le collège universitaire Saint-Michel de Tornès.

Cet établissement participe au mouvement d’assistance aux « étudiants pauvres » né au XIIe siècle dans l’Université de Paris et qui a déjà donné à Cahors deux collèges, les collèges Pélegry en 1368 et celui de Rodez en 1371, ce dernier n’ayant pas de rapport direct avec la capitale du Rouergue mais avec la famille cadurcienne de Rodez dont est issu l’archevêque de Naples fondateur de l’établissement.

Ce nouveau collège Saint-Michel est fondé par Jean Rubei, de Roux, chanoine et dignitaire du chapitre cathédral de Cahors puisqu’il est archidiacre de Tornès, le vieux mot occitan qui désigne le Turennois. Il doit accueillir six étudiants en droit de l’Université encadrés par deux prêtres-chapelains.

L’acte de fondation du 12 mai 1473 est aussi le premier document à éclairer la topographie des lieux et Jean de Roux nous apprend qu’il possède dans ce faubourg plusieurs maisons et jardins jouxtant la chapelle Saint-Michel du cimetière des pauvres de Cahors, chapelle qu’il a trouvée entièrement ruinée et qu’il a restaurée, la rétablissant « dans tous ses droits ».

Cette chapelle, par son antiquité, va devenir un élément central de l’histoire du collège et je pense qu’elle mérite que nous nous y attardions un tout petit peu.

On sait par l’un des rares parchemins conservés des archives de l’Hôpital Saint-Jacques que le cimetière des pauvres du faubourg du Portal-Garrel a été consacré par l’évêque Barthélémy de Roux vers 1250, la date exacte étant effacée, accédant ainsi à la demande des paroissiens de l’église Saint-Maurice intra muros qui trouvaient que la place occupée par la sépulture des pensionnaires de l’hôpital réduisait dangereusement la leur. Si Jean de Roux dit en 1473 restaurer une chapelle Saint-Michel, il ne me paraît pas absurde de considérer que son fondateur est ce Gausbert Donadieu de Montpellier qui déclare en 1259 sur la fameuse plaque que nous avons précieusement conservée édifier une chapelle « ad honorem dei et beati Michaelis archangeli ».

Sur la foi des témoignages de mon illustre prédécesseur, Jacques Malinowski, professeur au lycée, on a dit et écrit jusqu’ici que cette fondation avait été faite dans le couvent des Cordeliers car c’est là que se trouvaient les plaques lors de sa démolition, en 1895. Ces plaques ont alors été sauvées et transférées dans notre chapelle actuelle.

Je crois, au contraire,

-  par la concordance des dates,

- par le vocable ce cette chapelle (l’archange Michel étant le saint psychopompe par excellence, très souvent associé aux cimetières comme déjà à Cahors dans le quartier de La Barre),

- par la possibilité que les Donadieu soient décédés à l’hôpital Saint-Jacques parce que justement venus de Montpellier et non de Cahors où il existe certes une famille du même nom (qui aurait alors eu son tombeau paroissial),

… que les plaques rapportées dans la chapelle actuelle n’ont rien à voir avec le couvent des Franciscains de Cahors et sont bien revenues à leur emplacement initial.

D’autant plus que la chapelle du couvent où Jacques Malinowski a vu cette plaque de fondation et qu’il a, sur la foi de cette présence, injustement considérée comme remontant au XIIIe siècle a été créée par un autre archidiacre de Tornès, Charles de Theys, entre 1537 et 1540 sur l’emplacement d’un nouveau cimetière des pauvres qui existera au nord des Allées Fénelon jusqu’à son transfert au cimetière actuel au-delà de la porte… Saint-Michel.

   Pour résumer, je suppose qu’à une date indéterminée (peut-être celle de l’installation des Jésuites ?), ces deux plaques ont été déplacées dans la nouvelle chapelle Saint-Michel du nouveau cimetière des pauvres pour  mieux correspondre à leur vocation mémorielle puis, par un hasard peut-être miraculeux, ont réintégré leur emplacement initial lors de la destruction des Cordeliers en 1895.

Mais revenons aux établissements d’enseignement.

Au collège Saint-Michel fondé donc en 1473, va s’ajouter en 1570, dans les mêmes locaux le collège dit de Quercy.

Ce nouveau collège vient combler un manque, celui d’un enseignement secondaire performant. La faculté des Arts de l’Université souffrant d’un statut moins prestigieux que celui des facultés « supérieures » de droit, de médecine et de théologie, son enseignement avait été dispersé entre régents des « petites écoles » de grammaire municipalisées ou confié aux ordres mendiants.

Fortement incitées par la monarchie et sa fameuse ordonnance d’Orléans de 1561 à créer des collèges d’humanités qui ne seraient pas de simples propédeutiques au droit mais des collèges de « plein exercice » avec une hiérarchie de classes ayant chacune un programme, les autorités locales vont créer à Cahors en décembre 1570 la maison de « l’Instruction de la jeunesse de la ville de Cahors » -bientôt appelée « collège de Quercy »- destinée à regrouper l’enseignement des arts, à assurer correctement celui des langues anciennes et, en ces temps de querelles religieuses, d’enseigner face aux Académies protestantes, la « bonne » doctrine. C’est donc une œuvre collective associant Chapitre cathédral qui y consacre une prébende canoniale, municipalité qui fera construire les bâtiments nécessaires dans l’enceinte même du collège Saint-Michel et Université qui y regroupe sa faculté des Arts et sa Chancellerie.

A Toulouse, dans le même esprit est créé un grand établissement, le Collège de l’Esquille, fusionnant tout un groupe de très petits collèges et d’écoles diverses et à Bordeaux apparaît dès 1532 le fameux Collège de Guyenne.

Mais en ces temps de Guerres de religion, la Contre-Réforme militante a trouvé ses champions dans un ordre monastique nouveau, celui des Jésuites, fondé en 1540 par Ignace de Loyola. Leur succès immédiat ouvre donc la voie à la création d’un collège qui leur sera confié et fonctionnera de 1605 à 1762.

La fondation de ce collège à Cahors résulterait d’une initiative épiscopale, celle de Siméon de Popian, appuyée par le sénéchal Pons de Lauzières-Thémines, un fidèle du roi Henri IV, ce dernier ne pouvant rien refuser à la ville qu’il avait mise à sac en 1580, lorsqu’il n’était que « le Béarnais », chef du parti protestant.

Les Jésuites, dont l’enseignement commence à jouir d’une excellente réputation, sont donc appelés à Cahors en 1604 et s’y installent dès l’année suivante en échange d’une rente de 5000 livres consentie par l’évêque et de 14000 livres d’investissement à la charge de la ville pour les travaux d’aménagement nécessaires à l’annexion des deux collèges Saint-Michel et de Quercy avec leur chapelle. Les boursiers de Saint-Michel seront déplacés dans les locaux de la Chantrerie, l’actuel Musée Henri-Martin.

Les Jésuites ne s’occupent pas de l’alphabétisation mais uniquement de l‘enseignement secondaire, la classe dite des « abécédaires » sera donc séparée du collège proprement dit.

Le collège des Pères jésuites de Cahors fondé en 1605 va donc bénéficier de toute l’expérience acquise par l’ordre dans l’enseignement contenue dans un célèbre traité d’éducation, le fameux Ratio studiorum paru en 1599.

Les Jésuites y formalisent une pédagogie non pas totalement originale mais éprouvée par l’usage, conservant les bases de l’enseignement médiéval des arts avec la leçon (lectio) et son acquisition dans la repetitio mais introduisant aussi ce que l’on nommerait aujourd’hui une pédagogie active avec la fameuse disputatio et la concertatio entre deux camps ou même deux élèves, les Jésuites ayant souvent tendance à associer deux élèves, les fameux « émules » , dans une sorte de compétition intellectuelle, l’émulation.

Dans le même ordre d’idées apparaissent les actes : le mot actus, acte, joue un rôle capital dans la pédagogie des Jésuites, désignant alors une dispute ou une concertation de plus grande importance. Dans un « grand acte », un étudiant avancé ne défend pas seulement une thèse, il est même supposé rivaliser avec son maître.

D’autre part, selon le Ratio, le théâtre (tragédies et comédies) doit occuper une place importante. On sait combien le théâtre fut effectivement cultivé dans les collèges français aux XVIIe et XVIIIe siècles. Plusieurs bibliothèques et bien des archives possèdent nombre de pièces écrites à cet effet. Au théâtre, on « monte » quelque chose, on se l’approprie, on le réalise ensemble.

La salle dite des Actes n’a pas d’autre fonction : je ne pense pas qu’elle ait été consacrée, comme je l’ai lu, à l’examen des « actes » des élèves, c’est-à-dire de la discipline ; à mon humble avis il faudrait corriger ce qui a été écrit là-dessus.

Le mot-clé de cette pédagogie active est donc « exercices » : s’exercer soi même, exercer autrui ; ceci est en rapport direct avec les Exercices spirituels, le nom de la méthode qu’a découverte et présentée Ignace de Loyola pour atteindre le but humain fondamental : se rapprocher de Dieu.

Enfin, les Jésuites laissent leur marque dans la topographie du collège. Ils ne vont pas respecter à la lettre les préconisations de l’enquête municipale de 1605 qui préparait leur installation  : il serait trop long de détailler toutes les modifications apportées au projet des maîtres d’œuvre des consuls, disons seulement qu’outre la tour, œuvre d’un architecte local, Chassagnard, vers 1675, les deux grandes salles que nous avons occupées aujourd’hui et l’annexion de la ruelle qui existait au niveau de l‘entrée de l‘actuelle cour des garages, la chapelle est l’objet des principales modifications. On lui ajoute des chapelles latérales fondées par deux protecteurs de l’ordre, Siméon de Popian pour celle consacrée à saint Joseph (chapelle est) et Claude Hébrard de Saint-Sulpice pour celle consacrée à la Vierge (chapelle ouest). La façade donnant sur l’actuelle rue Wilson, souvent jugée de peu de goût, portait deux inscriptions effacées en 1898 : « Soli deo honor et gloria » et « Homo natus de muliere brevis vivens tempore » , la dernière formule complétant tout à fait celle du cadran solaire qui nous est restée : « Dubia omnibus ultima multis. ». J’ajouterai pour clore ce chapitre que les meilleurs spécialistes considèrent qu’il n’y a pas eu d’ « art jésuite » mais un « programme jésuite » que Pierre Chapentrat définissait ainsi : « On construit et on décore avec l’aide de l’artisanat local, conformément aux usages du pays et selon la mode de l’heure».

La Société des études du Lot étant à l’origine de cette commémoration ne me pardonnerait pas d’oublier de citer parmi les nombreux élèves des Pères, le bref passage du jeune Fénelon dans ce collège de Jésuites entre 1663 et 1665. A ce sujet, on me permettra de m’étonner que le buste du grand homme ne figure pas au-dessus de l’inscription, qui plus est dans une salle qui porte son nom… La présence de Voltaire et la relégation de Fénelon dans la chapelle pourraient faire croire qu’il s’agit là d’un de ces sursauts démesurés de « laïcité » qui enrichissent, à défaut de l’histoire, le folklore de l’éducation nationale ?

L’expérience jésuite s’arrête en 1762 pour des raisons qu’il serait trop long d’exposer ici car elles relèvent toutes ou presque des grands débats de l’histoire culturelle de la France et de l’Europe : jalousies diverses et variées au sein même du clergé et de l‘Université, débat sur la grâce, sur les « rites chinois », sur les « réductions » jésuites en Amérique, etc.

Les Oratoriens, un temps pressentis, ne prennent pas le relais espéré et les autorités locales se résignent à organiser un « collège royal » sur des bases éducatives très proches de celles des Jésuites mais avec une administration renouvelée. Cet établissement voit officiellement le jour par édit royal en date du 19 janvier 1765.

Le Collège royal retrouve la structure tripartite du Collège de Quercy –l’Eglise, la Ville, le Roi- avec un Bureau composé de l’évêque, de deux officiers royaux dont le procureur du roi, de deux officiers municipaux dont le maire de Cahors, de deux « notables » et du Principal du collège. L’enseignement et l’organisation scolaire restent très proches de ceux des Jésuites, la grande nouveauté de l’époque étant l’annexion au Collège royal en 1771 des collèges universitaires Saint-Michel et de Rodez-et-Laval devenus inutiles depuis la suppression de l’Université de Cahors en 1751.

Cette annexion, retardée par le conflit entre Université et Jésuites, renforce considérablement les revenus du Collège royal, les collèges de Rodez-et-Laval et Saint-Michel jouissant de rentes importantes, respectivement 1771 et 1270 livres de revenu net, rendant possible la transformation des bourses étudiantes en une trentaine de bourses d’internat secondaire.

La Révolution perturbe considérablement le Collège royal : ses dernières années sont agitées comme en témoignent les procès-verbaux du Corps municipal cadurcien qui peine à y maintenir le calme.

Le Collège est d’abord gêné par les nombreuses assemblées qui profitent de ses locaux, à commencer par la réunion des ordres des Etats généraux, les délégués du Clergé se réunissant dans la chapelle, ceux de la noblesse dans la salle des Actes.

Puis il est atteint financièrement : la suppression des droits seigneuriaux et de la dîme réduit ses ressources de 15000 à 3000 livres.

Il semble même que l’établissement devienne un foyer actif de contestation sinon de contre-révolution : le 7 février 1791, la prestation du serment civique par le professeur de philosophie, M. Ricard, seul professeur volontaire, entraîne des « troubles » :

« La cérémonie a été troublée par des étudiants qui, placés aux fenêtres, ont prononcé des paroles déshonnêtes, mais l’incident n’a pas eu de suites fâcheuses ». Le 14 février 1791, « le Conseil général, précédé des tambours et de la musique de la garde nationale, se rend au collège, où M. Grand, substitut du procureur de la commune, prononce un discours. Les étudiants ayant été ensuite invités à se rendre chacun dans sa classe, on s’aperçoit qu’ils sont « émeutés par les ennemis du bien public » ; aussitôt réquisition est adressée au commandant des troupes de ligne de mettre toute sa troupe sous les armes, ce qui est exécuté, et le calme est ainsi rétabli ». En 1793, la Municipalité de Cahors délibère plusieurs fois sur la « mésintelligence qui règne dans le collège » et propose au Département la réorganisation suivante : « Le Département sera prié de supprimer toutes places de commissaire, principal et préfet du collège ; il sera prié de s’occuper d’urgence de l’enseignement public et d’autoriser le Conseil général à réorganiser un bureau d’administration et de surveillance du collège ; les classes auront lieu de 8 heures à 10 heures et demie du matin et de 1 heure et demie à 4 heures et demie du soir ; les grandes vacances auront lieu du 14 août au 15 octobre ; il y aura vacances de la veille des Rameaux jusqu’au lundi de Quasimodo, les lundi et mardi gras et tous les jeudis ; etc. ».

La création d’une Ecole centrale conformément à la Loi du 24 octobre 1795 tente de clarifier la situation. Celle de Cahors ouvre officiellement ses portes le 12 pluviôse an IV, 1er février 1796, assez précocement donc. « L’Administration municipale, suivie du jury d’instruction publique, des nouveaux professeurs, des autorités et des fonctionnaires publics, précédés d’une « musique guerrière » et escortée d’un détachement de la 4ème Demi-brigade, s’est transportée dans la grande salle du ci-devant collège, où il a été donné solennellement lecture de deux arrêtés du département ». Le premier mérite de cette Ecole est de rendre les bâtiments affectés à des tâches diverses ( tribunal, prison…) à leur vocation éducative. Mieux encore, elle parvient à se faire attribuer, en 1798, le couvent désaffecté des Cordeliers et à faire fermer la rue qui le séparait du collège. A cette date la superficie de l’établissement atteint donc ses dimensions actuelles.

  Le projet pédagogique, inspiré dit-on par Lakanal, prévoyait selon son rapporteur, Fourcroy, une rupture radicale avec l’enseignement des Humanités : « Au lieu de fatiguer les élèves à ressasser les éléments d’une langue morte, c’est le spectacle de la nature et de ses créations, c’est la mécanique du monde et la scène variée de ses phénomènes qu’on offre à leur active imagination… ». Dans cette logique de découverte la loi dit « qu’il y aura près de chaque établissement une bibliothèque publique, un jardin et un cabinet d’histoire naturelle, un cabinet de physique et chimie expérimentale ».

Malheureusement, les querelles s’éternisent autour du flou des réformes éducatives de la Révolution et des luttes de faction qui divisent les enseignants, les autorités de tutelle étant elles-mêmes mal définies et peu soucieuses de prendre parti.

La réorganisation impériale vient brutalement prendre le relais et Cahors obtient de justesse -grâce à l’influence de Murat, dit-on- la création d’un Lycée bientôt impérial, le 16 floréal an XI, le 6 mai 1803.

L’établissement est placé sans équivoque sous le contrôle unique et étroit de l’Etat puisque son Bureau d’Administration est présidé par le Préfet et comprend deux fonctionnaires de justice, le maire de Cahors et le proviseur, tous nommés par le pouvoir !

L’Université récupère l’organisation pédagogique localement confiée à un Conseil académique, ancêtre de l’Inspection académique. L’article 5 du décret impérial du 17 mars 1808 en définit nationalement les programmes : « Les langues anciennes, l’histoire, la rhétorique, la logique et les éléments des sciences mathématiques et physiques ». La discipline -stricte- s’inspire bien sûr du modèle militaire. La réorganisation impériale s’étend aux bâtiments qui étaient en fort mauvais état et sont restaurés et aussi à l’augmentation du salaire des enseignants qui doivent, dans l’esprit des autorités, atteindre grâce à lui un statut de notables.

La chute de l’Empire entraîne dès 1815 la résurrection d’un Collège royal auquel les autorités assignent un but très clair « L’ordre, la discipline, le progrès des études, la propagation des bonnes doctrines, la conservation des mœurs… » ajoutant à l’adresse des maîtres « qu’ils fassent tous leurs efforts pour inspirer à leurs élèves des sentiments vraiment religieux et vraiment monarchiques ». Le Conseil académique comprend d’ailleurs en 1823 le préfet, comte de Saint-Luc, et le maire de Cahors, le chevalier Regourd de Vaxis, « deux colonnes de l’autel et du trône » qui multiplient au Collège les manifestations bruyantes de fidélité à la monarchie comme lors de l’inauguration du buste de Charles X dans le réfectoire. Benjamin Paumès, l’historien de ces années de Restauration, s’interroge avec humour : « Les élèves gardèrent-ils de cette fête une impression profonde ? » pour répondre en citant quelques carrières d’anciens élèves : « De Peyronencq, Coymès, Béral, sont candidats en mai 1848 à la Constituante (…) Béral présidera le club républicain, deviendra commissaire du gouvernement provisoire près le tribunal civil de Cahors, sera proscrit en décembre 1851. Guilhou, futur médecin, sera vice-président de ce même club. Enfin Garrigues de Flaujac (…) soulèvera la sympathie des cadurciens qui, au 4 septembre 1870, le porteront par acclamation à la préfecture du département ».

Les études voient la restauration de l’enseignement traditionnel des Humanités, les sciences étant reléguées aux deux années de fin de cycle, les classes de philosophie. L’histoire est réduite, nous dit Paumès, « à une sèche chronologie » dans les petites classes de la 6° à la 3° et nous en livre la raison « Le professeur, recommandait-on, doit éviter d’attirer les élèves dans le champ de la politique et de servir ainsi d’aliment aux discussions des partis ». Les langues vivantes, anglais et allemand, font tout de même leur apparition en 1830 et 1838. La monarchie a enfin conservé de l’Empire un système d’examens rigoureux et de distribution des prix dans la chapelle du collège d’abord puis dans la grande salle des Actes.

Le régime s’est aussi livré à un curieux bilan de « l’état moral des élèves du collège pendant les années 1820, 1821, 1822, 1823 » qui vaut son pesant d’or.

Notons les faibles effectifs du Collège royal qui ne dépassent pas les 300 élèves alors que dans le même temps la pension de l’abbé Launay, de la Congrégation de Picpus, comptait 166 élèves en 1823.

Quelques personnages sont à citer : le proviseur Guillaume Lacoste, le grand historien du Quercy, et, parmi les élèves, l’illustre Charles-Louis de Saulces de Freycinet, Emile Dufour, historien de la commune de Cahors au Moyen Age et les parlementaires Lachièze-Rey et Béral déjà évoqués.

Après le bref intermède du second lycée impérial entre 1853 et 1870, le Lycée de Cahors va définitivement changer de nom en 1888 où il devient par décret présidentiel le Lycée Gambetta. Léon Gambetta qui, surnommé Coclès -le borgne, en souvenir du héros romain Horatius Coclès- par ses condisciples, avait été un brillant élève, débatteur redoutable et meneur de nombreux chahuts.

La physionomie de l’établissement va connaître sous cette Troisième république un profond bouleversement avec la destruction des anciens bâtiments des Cordeliers et la reconstruction radicale de l’architecte Rodolosse en 1895.

Auparavant, dans les premières années de la jeune république, il avait connu ses premiers historiens dans le cadre de la Société des études du Lot, fondée en 1872 avec quelques autres anciens élèves par Jacques Malinowski, professeur au lycée, qui donnait une précieuse « Monographie des bâtiments composant actuellement le Lycée de Cahors » et Benjamin Paumès, ancien élève du Collège royal, qui y publiait en 1895 « Le Collège royal et les origines du Lycée de Cahors ». En 1881 naissait enfin l’Association des anciens élèves du Lycée de Cahors.  Malheureusement, aucune de ces associations ne put s’opposer avec succès à la démolition des Cordeliers ; nous ne conservons d’eux que l’état cadastral sous Napoléon, la description de Malinowski et quelques photographies. Peu de temps après, le Lycée se sépare aussi de la Bibliothèque municipale qui intègre en 1905 les locaux actuellement occupés par le Fonds ancien ou plutôt, devrais-je dire, la « Bibliothèque patrimoniale et de recherches du grand Cahors ».

La Première Guerre mondiale est une épreuve redoutable pour le Lycée Gambetta qui cède une partie de ses locaux d’internat pour aménager un hôpital militaire et voit tomber un nombre si élevé d’anciens élèves que la décision est prise d’y élever un Monument aux Morts. La Seconde Guerre mondiale épargnera à peine moins l’établissement qui, là encore, a inscrit sur ses murs de trop nombreux noms d’élèves et de membres du personnel dont celui du célèbre « capitaine Philippe », Jean-Jacques Chapou. Comme aux pires heures de sa longue histoire, le Lycée connaîtra même l’occupation militaire avec l’installation provisoire dans les locaux de l’externat de la Kommandantur.

J’arrête là, comme promis, cette évocation car nous touchons désormais aux souvenirs personnels des anciens élèves ici présents, bien plus qualifiés que moi pour vous parler de son histoire contemporaine.